La crise bancaire est loin d’être terminée, et les préalables d’un retour au fonctionnement normal du crédit ne sont pas encore réunis.

La mécanique du crédit continue de se dérégler, en France comme ailleurs. En réaction, le gouvernement a mobilisé les préfets et créé le poste nouveau de médiateur du crédit, confié à René Ricol. L’expérience de la crise japonaise indique même que dans un environnement économique dégradé, il faut sans doute que les banques soient surcapitalisées pour réamorcer la pompe du crédit.Surtout, les ratios de capitalisation actuels donnent une image trop optimiste car les banques s’attendent à ce que leurs fonds propres aient à absorber des pertes supplémentaires sur des prêts déjà accordés, même s’il est encore trop tôt pour constater celles-ci comptablement. Depuis, les mauvaises nouvelles ont continué à tomber, rendant le besoin de recapitalisation encore plus élevé. D’où les milliards nécessaires peuvent-ils venir ? En France, comme dans d’autres pays d’Europe, la consolidation domestique est déjà avancée ; pour être compatibles avec l’indispensable maintien de la concurrence, les options de fusion les plus prometteuses sont donc transfrontalières. Deuxièmement, il faudra accepter dans certains cas de faire appel aux fonds d’investissement en actions non cotées (« private equity »). La classe politique soupçonne en général ceux-ci de toutes sortes d’exactions pour engranger des profits rapides. Mais ils pourraient catalyser les changements de stratégie, d’organisation et de culture dont ont besoin certaines banques mal gérées, et ont encore les moyens d’investir des fonds très importants. N’en déplaise aux états-majors bancaires, il faudra sans doute briser le tabou de la nationalisation, comme l’a déjà fait le Royaume-Uni que ses voisins continentaux seraient bien inspirés d’imiter sur ce point aussi.

Pierre-Alain Chambaz

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