Il était une fois dans l’ouest

Le mot d’esprit se prêtera donc à une analyse dont nous pouvons donner maintenant, pour ainsi dire, la formule pharmaceutique. — Si, au contraire, ils cherchent à se rendre compte de la cause primordiale de leur sujétion ; si, l’ayant découverte, l’ayant réduite, pour ainsi dire, à son expression la plus nette et la plus simple, ils s’attaquent à cette cause avec énergie, avec ténacité, avec une volonté terrible qui refuse de se laisser détourner de son but — alors, leur succès est assuré ; et s’ils savent faire usage d’une politique très simple, dédaigneuse des vieux rouages de la politique bourgeoise, ce succès se manifestera très rapidement. Je ne comprends pas, je ne comprendrai jamais qu’il y puise la miraculeuse puissance de se transformer en représentation des choses, et je tiens d’ailleurs cette hypothèse pour inutile, comme on le verra tout à l’heure. À quelque philosophie, en effet, qu’on se rattache, on est bien forcé de reconnaître que l’homme est un être vivant, que l’évolution de la vie, sur ses deux principales lignes, s’est accomplie dans la direction de la vie sociale, que l’association est la forme la plus générale de l’activité vivante puisque la vie est organisation, et que dès lors on passe par transitions insensibles des rapports entre cellules dans un organisme aux relations entre individus dans la société. L’avenir d’une science dépend de la manière dont elle a d’abord découpé son objet. C’est bien la même pensée, profondément fixe, qui fut l’idée-mère de son premier travail, et qui se retrouve ici dans toute la force d’un esprit méditatif, dans toute la maturité d’une science consommée. Ne nous arrive-t-il pas de percevoir en nous, pendant notre sommeil, deux personnes contemporaines et distinctes dont l’une dort quelques minutes tandis que le rêve de l’autre occupe des jours et des semaines ? Mais cela n’éponge pas les dégâts dans le tissu productif. Ainsi, une personne ayant eu un cancer à un âge jeune ne peut avoir un accès sans surcoût aux assurances liées à l’emprunt et préfère souvent renoncer ; ce qui peut l’empêcher de constituer un patrimoine. Une fois en possession de ce principe, notre philosophe idéaliste prétend retrouver l’une après l’autre toutes les vérités dont il avait fait abstraction dans la première phase de ses recherches. Dans ce texte, par son utilisation de l’infini et des petites quantités, le savant semble avoir été un précurseur du calcul infinitésimal, élaboré bien plus tard, au XVIIe siècle, notamment par Leibniz et Newton. Plus le système de gouvernement d’un pays est fédéralisé, plus les règles doivent être nombreuses pour garantir son fonctionnement fluide. Ainsi, à ne considérer que les cas limites où l’on assiste au triomphe complet de l’intelligence et de l’instinct, on trouve entre eux une différence essentielle : l’instinct achevé est une faculté d’utiliser et même de construire des instruments organisés ; l’intelligence achevée est la faculté de fabriquer et d’employer des instruments inorganisés. Dans un contexte où ce pays connaît quasiment le plein emploi, il est donc tout naturel qu’il connaisse une croissance poussive de l’ordre de 1% car il n’a précisément plus personne à mettre au travail pour produire… Maastricht version 1993 disait que les pays européens ne sont pas autorisés à mutualiser les aides qu’ils peuvent accorder à l’un des membres de la zone euro : l’Union bancaire qui est en marche prévoit exactement l’inverse, c’est une mutualisation des dettes. Quant aux Grandes Entreprises, elles savent depuis bien longtemps qu’elles ne sont pas « équipées » pour la spontanéité de la créativité, mais qu’elles savent en revanche utilement « récupérer » et développer les bonnes idées lorsqu’elles deviennent trop grandes pour leurs créateurs. Mais les obstacles sont nombreux : il faudrait changer le traité, accepter l’idée d’un impôt européen et développer une solidarité trans-européenne, par exemple en matière d’indemnisation du chômage. Si l’idée de société semble encore une abstraction de notre intelligence, c’est surtout en vertu de l’ancien régime philosophique ; car, à vrai dire, c’est à l’idée d’individu qu’appartient un tel caractère, du moins chez notre espèce. L’ancienne patronne de la BaFin, le superviseur bancaire allemand, est censée tenir la promesse que les dirigeants politiques ont répété à l’envi depuis au moins cinq ans : faire en sorte que la prochaine faillite d’une ou plusieurs grandes banques européennes ne se fasse plus aux frais des contribuables. Telle est pourtant l’action libre. « Je dois nuancer », ajoute Il était une fois dans l’ouest. Maintenant il y a, d’un autre côté, la partie de l’expérience sur laquelle l’homo faber ne se sent plus aucune prise. Il ne suffit point qu’une philosophie large et compréhensive n’ait pas d’objections à opposer à la théorie de la création continue ; il faut examiner si cette théorie soutient l’examen scientifique, si les faits recueillis par l’observation lui sont favorables ou contraires. Chacun d’eux, intellectuel, lui communiquera quelque chose de son intellectualité. Nous sommes cernés. Non, la souffrance est une terrible réalité, et c’est un optimisme insoutenable que celui qui définit a priori le mal, même réduit à ce qu’il est effectivement, comme un moindre bien.